vendredi 16 octobre 2009

Jour 9-Mer de Beaufort-Durée du jour 8h36

Mercredi le 14 octobre 2009

Le bateau compte près de quarante membres d'équipage et 46 scientifiques. Les tâches sont réparties comme suit: commandant, chef officier, 1er, 2ieme et 3ieme lieutenant, 3 timoniers, maître d'équipage, 4 matelots, chef mécanicien, mécanicien sénior, 3 mécaniciens, 4 assistants mécaniciens, électricien, officier électronique, technicien électronique, pilote d'hélicoptère, mécanicien hélicoptère, officier logistique, officier médical, commis magasinier, chef cuisinier, 2 cuisiniers, 5 steward, chef de mission scientifique et 46 scientifiques.

Aujourd'hui, un CTD à 5h15, une rosette à 6h15, un CTD à 12h30 et une autre rosette à 15h. Environ 10 minutes avant la rosette de 6h15, l'élastique d'une des bouteilles a cassé. Je me suis mis à fouiller un peu frénétiquement pour trouver un élastique de rechange. J'en ai finalement trouvé un (en caoutchouc plutôt qu'en silicone, mais bon...) , et avec l'aide du maître d'équipage et d'un bon vieux support à linge, j'ai remplacé l'élastique cassé. J'ai fait une sieste vers les 9h, puis je suis allé voir l'officier médical, Ghyslaine, pour répondre à quelques questions et faire prendre ma pression.

Le drain du "rosette shack" est enfin débouché. C'est juste un trou et un tuyau, mais c'est un trou important ! Chaque bouteille contient 12 litres et il y a 24 bouteilles. En plus, chaque fois qu'on remonte la rosette, on la passe à l'eau pour éviter que le sel se dépose sur l'équipement et l'endommage. Au final, ça fait pas mal d'eau qui coule par terre et sans drain, on finit par patauger dans 2 pouces d'eau. Roger, un marin des Îles-de-la-Madeleine avec une moustache incroyable (oui, oui, je vais prendre une photo) l'appelle la "piscine". C'est Phil qui l'a débouché. Semble-t-il que le drain était plein de Tie-Wraps. Il nous a patenté une espèce de grille avec une canne de conserve ! Astheur on est en affaire.

J'ai fait une partie fléchette après le souper (spaghetti), puis il y a eu un science meeting et je me suis couché vers 8h30, complètement crevé. La première rosette de demain est à 5h30, ce que je considère maintenant comme pas si de bonne heure. Incroyable ...


jeudi 15 octobre 2009

Jour 8-Mer de Beaufort-Durée du jour 8h46

Mardi le 13 octobre 2009

Réveil à 4h pour la première rosette de la journée. Après la rosette de 6h30, déjeuner de pain doré avec du sirop d'érable. Je retourne me coucher, histoire de ne pas commencer à bailler à 4h de l'après-midi. Suite à la rosette de l'après-midi, un appareil, le profileur acoustique Doppler, ne fonctionne plus. En fait, on suspecte que c'est le cable qui a rendu l'âme. L'appareil estime la vitesse des courants en mesurant la fréquence de l'écho d'un signal sonore.

Dans l'après-midi, Bruno aperçoit un harfang des neiges. Je cours chercher mon appareil photo et monte sur le "Monkey's Island", le pont extérieur le plus élevé du bateau. Je poirote pendant quelques minutes puis finalement aperçoit l'oiseau qui fait un tour du bateau puis disparait dans la brume qui nous entoure depuis quelques jours maintenant. Je réussi à prendre quelque clichés grâce à la lentille qu'Amélie m'a prêté. Mais bon, ça reste une photo d'un animal blanc sur fond blanc, juste un peu trop loin...

Dans l'après-midi, Katie, Karie-Ann et Ryan déploient un ballon sonde. C'est une grosse balloune gonflée à l'hélium qui transporte un émetteur radio. J'ignore ce que la sonde mesure au juste, mais l'opération est comique. Il ne faut surtout pas échapper la balloune quand elle est gonflée et que l'émetteur n'est pas encore accroché !

La rosette de 16h30 devient la rosette de 17h30 pour devenir celle de 18h30. Au final, c'est Dominique qui prend le relai et qui va faire la prochaine rosette ainsi que les autres prévues pendant la nuit. Je reprendrai le collier à 4h demain matin.

Soirée bar, ce soir. Miguel, un matelot cubain, fait le barman. Je jase avec Ryan qui ronge son frein en attendant d'être dans la glace. Il doit déployer des bouées semblables à celles que j'ai installé le printemps passé: Ice Mass Balance (IMB) buoys. Ryan a fabriqué ses bouées en suivant le modèle de celles que nous on a acheté. Je suis curieux de voir comment il s'est pris et je vais lui demander de me les montrer.


mercredi 14 octobre 2009

Jour 7-Mer de Beaufort-Durée du jour 8h50

Deux jours pour le prix d'un:

Dimanche le 11 octobre.

Petite journée. Il y a du swell, j'ai le mal de mer et pas grand chose à faire. Les rosettes sont continuellement repoussées en raison du mauvais temps. J'ai profité de l'après-midi pour faire une sieste. Finalement, ce qui a eu raison du mal de mer c'est un gros diner et une scéance de gym.

Le dimanche, c'est le souper du commandant. Le code vestimentaire est un peu plus strict et les plats plus fancy. On a mangé une entrée de saumon fumée, du filet mignon avec patates grecques et asperges. Il y avait un gateau au chocolat pour dessert mais je n'avais plus de place.

J'ai une rosette de prévue pour 21h et 23h. Comme à 21h la récupération du mouillage n'est pas terminée, ce sera plutôt 23h et 1h30. La rosette de 23 heures se passe bien. Ce n'est pas très compliqué mais il ne faut rien oublier. Le plus critique est de ne pas laisser la rosette percuter le fond. On communique donc par radio avec le matelot au treuil pour lui indiquer la distance restante. Rendu au fond, on remonte la rosette en fermant les bouteilles à différentes profondeurs.

Une fois la rosette remontée, les "water junkies" font la file pour aller tirer leurs échantillons d'eau des bouteilles. Chacun a besoin de tant de millilitres à différentes profondeurs. Ils viennent donc avec leur éprouvettes ou leur bidons, et tirent l'eau dont ils ont besoin pour leurs expériences. Ils vont ensuite passer la nuit dans leur labo à analyser différentes caractéristiques de l'eau. Bruno, mon coloc, travaille sur les carbonates, des molécules utilisées par les organismes marins pour bâtir leur coquille. Avec l'augmentation du CO2 dans l'atmosphère, ces carbonates tendent à se dissoudre, conséquence d'une plus grande concentration d'acide carbonique. Bruno mesure donc des profils de concentration de carbonate dans la colonne d'eau. Pour chaque rosette, il a pour environ 6 heures de travail. Sa journée finira donc vers les 5 heures du matin. La machine à café fait partie des services essentiels du bateau... Vive la science.

Lundi le 12 octobre

J'ai passé le plus clair de ma journée à travailler sur l'ordinateur. Je n'ai fait qu'une rosette. J'ai fait une sieste dans l'après-midi pour récupérer un peu. Après souper (pâté mexicain), il y a un science meeting ou Keith nous a expliqué qu'un des mouillages devra être abandonné. On a perdu trop de temps à cause de vent et on ne peut plus vraiment revenir en arrière. C'est dans les prochains jours qu'on va décider si on prend la branche sud ou nord du passage de nord ouest. A priori, la branche sud semble plus probable, car il y a pas mal de glaces épaisses qui bouchent l'entrée du détroit de M'Clure.

Après souper, c'est l'heure de Rock Band ! J'ai essayé le drum (très l'fun), la basse et la guitare. Je ne me suis pas risqué au chant, c'est encore un peu tôt en début de mission pour ça...

Je me suis couché vers 9h parce qu'il y a une rosette de cédulée à 4h demain matin, et une autre à 6h30.

Sur les photos, il y a un mouillage en train d'être récupéré. On lui envoit un signal et il se décroche du fond. Le bateau s'approche et on récupère les instruments à l'aide d'une grue. Dans la timonerie, tous les officiers regardent par les fenêtres avec leurs jumelles pour trouver l'endroit ou le mouillage a fait surface.

L'autre photo est une coursive (le mot marin pour corridor) à babord.


mardi 13 octobre 2009

Vos commentaires sont acceptés

Comme plusieurs lecteurs de ce blog sont des néophytes en communication bloguienne, je me permets de souligner que vos commentaires seraient vraiment appréciés.

Vous n'êtes pas obligé de nous dire que les photos sont belles et qu'on écrit donc bien, mais si vous avez des questions ou qu'un élément vous a touché, vous pouvez utiliser le petit icone de crayon en bas de chaque message pour nous le faire savoir. Les commentaires sont une partie essentielle d'un blog, le rendent plus dynamique et interactif.

Par exemple vous pourriez dire: "Mais David, pourquoi est-ce que tu nous décris chacun de tes repas dans le détail ?"

Ce à quoi David pourrait vous répondre: "C'est Laurence qui veut savoir, elle a peur que je mange mieux sur le bateau qu'à la maison !"

Ou encore: "Mais David, tu dois avoir froid quand tu travailles dehors." et il vous répondrait: "Je travaille surtout en dedans, c'est plutôt l'équipage du bateau qui travaille dehors."

Ou alors: "Mais David, qu'est-ce qu'un mouillage ?" et là je ne sais pas trop ce qu'il vous répondrait parce que moi non plus je ne le sais pas.

Lâchez-vous lousse, cassez la glace, vous ne pourrez plus vous arrêter !

Laurence

Jour 6- Montréal-Durée du jour 11h03

Pendant ce temps à Montréal (en fait c'était à Québec, plus précisément aux Chutes de la Chaudière) :









Merci à Pierre de m'avoir permis de tromper mon ennui en me permettant de jouer avec son appareil photo.

lundi 12 octobre 2009

Jour 5-Durée du jour 9h09-Golfe d'Amundsen

Lever à 3h20. Je suis passé voir Dominique au CTD shack. Pas de rosette ce matin parce qu'il y a trop de vagues. Les vents sont de 35 noeuds et ça brasse trop pour récupérer le mouillage et faire les prélèvements de sédiments qui étaient au programme. Retour à la couchette.

Lever à 7h15. Même histoire, encore trop de vagues. Le bateau va se diriger vers la banquise pour retrouver des conditions plus calmes. Apparemment, une des grues avant est en panne et on n'est clairement pas dans des conditions qui permettent de travailler dehors en sécurité.

Déjeuner bacon, oeufs et saucisses avec des toasts. Au science meeting plus tard en matinée, Keith, le responsable de mission, nous présente deux scénarios. Le scénario A, optimiste, où on retourne à la station précédente pour refaire une rosette et un CTD. Si la mer est encore trop grosse, on saute au scénario B, où l'échantillonnage se fera en soirée.

À la fin du meeting, un message à la radio nous annonce qu'un ours a été aperçu à tribord. Je passe à ma cabine pour enfiler des bottes et un manteau. En sortant, je vois les traces de l'ours dans la glace, mais nous sommes déjà trop loin pour que je puisse le voir. Schnout.

On est maintenant entouré de blanc. Le bateau fend la glace comme de la vulgaire slush, laissant dans son sillage des flots retournés. La glace jeune, plus noire, entoure des flots de glace multiannée, blanche sur le dessus et bleue en dessous. Le spectacle est magnifique. Le bateau s'arrête au milieu de ce qui me semble être nulle part. Quelques instants plus tard, on entend un puissant "tuuuuuut". Intrigué, et suspectant qu'il y a quelque chose à voir, je m'habille et sort avec ma caméra. Une équipe est descendue sur la glace pour faire une carotte de glace. Devant le bateau, un ours polaire se dandine. J'ai réussi à prendre quelques photos mais il est un peu trop loin pour que les clichés soient convaincants. Deux ours dans la même journée ! Ça promet.

La glace atténue effectivement les vagues. Les mécanos réussissent à réparer la grue et on quitte le couvert de glace pour retourner vers la station précédente.

Au dîner, de la soupe aux légumes et des restes d'hier: patates et brocolis. Il y a aussi du poulet au miel mais je passe mon tour. Après-midi je retourne faire un tour au gym. La mer grossit et j'ai du mal à rester sur le vélo stationnaire. Pendant que je prends ma douche, l'officier de quart à la radio annonce de bien se tenir car on s'attend à passer dans une zone plus mouvementée... Effectivement, ça commence à brasser et je dois me tenir à une main et me savonner avec l'autre.

Finalement, il n'y aura pas de rosette aujourd'hui. La mer est trop grosse et on ne peut pas mettre le mouillage à l'eau. On retourne à l'abri des vagues dans la banquise. Les seuls qui travaillent sont ceux qui prennent des carottes de glace. À quelques reprises, le brise glace est arrêté par des flots trop épais. Normalement, la vitesse du bateau est suffisante pour le faire grimper sur la glace et la faire casser, mais à l'occasion, les flots sont trop épais pour casser et font simplement dévier le navire de sa course. Il faut alors reculer et recommencer... Je dois dire que c'est dans le très impressionant de voir un bateau se soulever dans les airs, puis de retomber avec des bruits de flots qui cassent. Bruno m'a dit que le bateau consomme 50 litres de diesel à la minute. Je peux le croire.

Au souper, hamburgers et frites. Miam. Je fais ensuite une partie de fléchettes avec Simon et Ahmed. Plus tard, vers 8h, c'est la soirée bar. Le bar n'est ouvert que de 8h à 11h les mardis, jeudis et samedis. On peut acheter cinq consommations. Chaque fois que l'on prend une bière ou un verre de vin, les barmen (des volontaires qui changent à chaque soirée) font une croix à côté de notre nom. J'ai pris une bleue ! et puis plus tard une Kilkenny, et ensuite j'ai essayé de rejouer aux fléchettes... Je dois dire que le mélange de bière, de roulis et de fatigue complique la tâche !



dimanche 11 octobre 2009

Jour 4- Durée du jour 9h22-Golfe d'Admunsen

Réveil à 7h. Déjeuner de céréales. Il y a toujours des oeufs et du bacon. Mais je me dit que si je mange un déjeuner de bucheron tous les matins, je vais finir par faire du gras. Il y a aussi du pain et 7 toasters pour les amateurs de beurrées de beurre de pinotte.

Ensuite, on a fait deux cast CTD dans la matinée. L'appareil mesure la conductivité (dépendant de la salinité), la température en fonction de la profondeur. Il y a aussi d'autres appareils mesurant le taux de chlorophylle, la transmission de la lumière, le carbone dissous, le ph, la pression, etc. On descend donc le CTD avec un treuil controlé par un matelot. On le descend jusqu'à 10m du fond, puis on le remonte tranquillement. Sur la rosette, il y a 24 bouteilles de Niskin. Chaque bouteille a un bouchon en haut et en bas, reliés par un élastique sous tension. Un filin accroche l'élastique à un déclencheur commandé à distance. De la salle de contrôle, on peut fermer des bouteilles à différentes profondeurs lors de la remontée, selon les besoins des chercheurs à bord.

Pendant l'après-midi, on a eu droit à la visite officielle de sécurité du bateau. L'officier nous montre comment fonctionne les portes étanches, les portes coupe-feux, quoi faire quand quelqu'un tombe à la mer, ou sont les canots de sauvetages, etc. On a aussi essayé les combinaisons d'immersions, qui sont des wet suits étanches. En principe, on doit pouvoir survivre 24 heures dans l'eau avant de mourir d'hypothermie. C'est toujours mieux que les 5 minutes avec une veste de sauvetage. Bref, le mieux c'est de ne pas tomber à l'eau. Comme dirait l'officier, "c'est pas le fun".

Histoire de ne pas trop perdre la forme, je suis allé faire un tour dans la salle d'entraînement. D'une superficie d'environ 2 m carré, elle contient deux vélos et un tapis roulant, ainsi que des poids. J'ai fait un peu des trois. Pas facile de faire du tapis roulant sur un bateau qui tangue...

Plus tard dans l'après-midi, on a eu droit à une pratique d'incendie. L'équipage faisait une simulation, et le travail de l'équipe scientifique était de s'enlever de leur jambes et de faire le pied de grue sur le pont avant, au froid. Première leçon de vie sur un bateau en Arctique: le temps est long quand on est dehors et mal habillé. Certains l'ont appris à leur dépens. Après environ 45 minutes, on a pu rentrer et se réchauffer un peu.

Pour souper, filet d'aiglefin avec patates pilées et brocolis. J'ai repris des patates, elles étaient pas mal bonnes. Ensuite science meeting, ou on apprend que l'horaire du lendemain est le suivant: 3 rosettes à partir de 3h30 (du matin) et une autre à 7h15. La nuit risque d'être pas mal courte, car le vent s'est levé et le bateau tangue pas mal. Dormir dans un lit qui bouge n'est pas encore tout à fait au point. Morale de l'histoire: dort quand tu peux, on ne sait jamais quand sera la prochaine occasion.

Direction, Golfe d'Amundsen.










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Est-il en train d'insinuer que les patates pilées de l'Amundsen sont meilleures que les miennes ?

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Je mets une carte, ça représente à peu près la position de l'Amundsen au moment où j'écris ce message. Si je n'ai pas d'information de la source, j'interprète librement !!!


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